LES ENJEUX STRATEGIQUES DE LA COOPERATION FINANCIERE SUR LE FRANC CFA

I-Problématique

Dans son cycle d’existence ou de quête de subsistance, l’homme n’a souvent pas été en mesure de produire lui-même tout ce dont il a besoin. Les limites que présentaient les systèmes de troc pour accéder aux biens complémentaires feront apparaitre les premières formes de monnaie.

La monnaie, malgré son évolution dans le temps et multiforme dans les espaces, a vu ses différentes fonctions de base d’unité de compte, d’instrument de change et de réserve de valeurs demeurées intactes.

A l’intérieur d’un pays, les transactions sur les biens et les services se font généralement en monnaie locale mais il faut des devises pour le faire avec  l’étranger. Devant la flopée de celle-ci va se créer alors des barrières de convertibilité.

Des accords permettent, par un compte d’opération ouvert dans les écritures du Trésor français, une garantie de convertibilité illimitée du franc français à l’époque puis l’Euro avec le traité de Maastricht. Le franc Cfa devenant une contrevaleur à parité fixe avec l’Euro.

Quelles sont les enjeux stratégiques et politiques d’une telle politique ?

II-LES ENJEUX STRATEGIQUES

Cette coopération permet à ces pays aux économies fragiles et aux systèmes politiques assez souvent instables de bénéficier d’une monnaie stable. Pour ces 15 pays africains (Sénégal, Niger, Togo –Cote- d’ivoire, Mali, Burkina- Faso, Bénin- Guinée Bissau, Cameroun, Centrafrique Gabon, Congo, Guinée-Equatoriale, Tchad, Comores), le premier effet bénéfique est qu’un arrimage à l’Euro offre certains avantages liés à la force, vertu et stabilité de cette devise. De manière générale, l’héritage des profits liés au système de parité fixe et au pouvoir intrinsèque de l’Euro.

Un autre avantage est que, même en cas de contreperformance économique matérialisé par une baisse de la demande en Cfa (baisse des exportations surtout) et ayant entrainé une position débitrice par rapport au compte d’opération, le respect de l’engagement de convertibilité impose au partenaire la valeur externe de la monnaie, en principe.

Un autre bénéfice de cette coopération financière est la mise en place d’un mécanisme de solidarité monétaire donc économique basé sur la mise en place de ratios partagés de gestion et d’un pacte d’assistance mutuel : l’excédent d’un pays peut être utilisé pour boucher le déficit d’un autre.

Ce régime de change fixe favorise également la croissance de la production, une maitrise partielle de l’inflation, et l’intégration économique des pays ;des disparités importantes et persistantes de performances économiques entre les Etats pouvant en remettre les fondements en cause.

Il faut aussi noter que ce régime peut booster la compétitivité de certains secteurs de part et d’autre en réduisant le risque de change lors des opérations courantes de transfert.

Outre de garder les relations commerciales et financières avec ces pays, une telle garantie  rassure certains investisseurs étrangers, puisque aucun problème de convertibilité et de perte de change ne vient entraver le rapatriement régulier de leurs bénéfices.

Le système d’approvisionnement du compte d’opération avec 50% des réserves de change des pays de la zone franc, outre le soutient de l’Euro sur le marché des changes, le renforcement du stock de changes du Trésor français, lui donne une possibilité d’effectuer des achats très massifs(par exemple de matières premières)avec un pays de la zone sans beaucoup ou pas du tout affecter sa réserve de devises(la rémunération de ce compte est un fait évocateur).Cette réalité implique une véritable mainmise sur la politique monétaire donc économique de ces pays africains ;il est nécessaire de souligner que la non dissociation de ces deux politique est l’une des principales raisons qui ont motivé la transformation de l’Umoa en Uemoa .

Un autre paradoxe : alors que les plans d’ajustement imposaient une réduction des budgets publics, le déficit des comptes d’opérations dictaient la même conduite à des pays financièrement asphyxiés. C’est-à-dire, pendant que les revenus d’exportation sont largement destinés au remboursement de la dette, une part considérable de ce qu’il en restait est versée sur les comptes d’opérations déficitaires  à l’époque.

Les relations commerciales de la zone Cfa avec le reste de l’Afrique et du tiers monde se trouvent handicapées par la politique de monnaie forte imposée par l’Europe. L’appréciation courante de l’Euro par rapport au Dollars fait que le Franc Cfa devient surévaluée par rapport aux autres monnaies surtout des pays du Sud ; ceci plombe nos échanges avec eux. La situation de faite qui se présente est l’exportation massives de produit surtout primaires vers les pays du Nord où  en plus certaines barrières protectionnistes n’arrangent pas les choses.

Devons-nous battre monnaie ?

La monnaie est certes un symbole de souveraineté mais aussi un baromètre de santé économique et vice versa. Le système de parité flottante par rapport à l’Euro, préconisé par certains, est caractérisé par des fluctuations de taux de change selon l’offre et la demande de franc Cfa. Ce système, outre l’avantage de donner la latitude aux gouvernements africains de mener les politiques monétaires et d’expansion qui leur convient et de lutter contre la spéculation, va de paire avec des sanctions, par les mécanismes du marché, en cas de contreperformance économique ou de mauvaise politique économique.

Il est clair  qu’une monnaie fiable se construit avec des grands ensembles économiques mais de grands ensembles structurés et économiquement viables et compétitifs au risque de mettre sur place une devise sans contrevaleur significative sur les marchés  de changes et d’échanges.

C’est parfois une question d’organisation, gouvernance et de discipline budgétaire mais aussi et surtout de mutualisation des forces ;l’exemple de l’effet du projet Rascom²( les couts exorbitants de communications et taxes indirectes liées à celles-ci créaient un transfert massif de devises vers les pays fournisseurs ou de transit du signal) sur la baisse importante des prix de communications extérieures qui demeuraient chers malgré le système Dama(mécanisme d’assignation de canal de fréquences à la demande mis en place par Intelsat pour baisser les prix des communications de pays pauvres) en est une illustration.

III. Conclusion et recommandations :

Nos objectifs de croissance durable doivent reposer sur l’exportation de produits finis, l’accumulation de richesse, l’avancée technologique, la pérennité des équilibres extérieurs etc. Ceci est indissociable d’une stabilité économique, monétaire.

Pour ce faire, il est nécessaire de promouvoir des politiques et programmes d’intégration monétaire, d’harmonisation monétaire et fiscale et d’harmonisation monétaire et budgétaire avec des ratios de convergence partagés et réalistes.

Le développement des systèmes et infrastructures de communication et une présence massive des nationaux (ou des communautaires) dans le secteur des télécommunications et télé services limiteraient les fuites importantes de devises du fait des bénéfices exorbitants engrangés par les opérateurs généralement étrangers. Ceci demeure valable pour le secteur des industries extractives.

Un autre aspect est la modernisation des systèmes et moyens de paiements avec plus de développement des systèmes communautaires de transferts et la vulgarisation de la monnaie électronique vu le coût important de la préférence fiduciaire et ses problèmes sécuritaires.

Ce qui est évident, battre une monnaie ne s’improvise pas et il y a des processus pour y aboutir.

Les environnements et dis parités économiques actuels, le permettent-ils dans un court ou moyen terme ?

 

Par Alassane BA

Conseiller  en Planification

Secrétaire général

du Syndicat des travailleurs

de l’Administration fiscale (Staf)

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