L’intelligence économique au cœur de la gouvernance locale au Sénégal

Le Sénégal connait une réforme territoriale qui, du point de sa pertinence, n’est pas discutable. La modernisation des collectivités locales en leur conférant plus d’autonomie avec un désengagement progressif de l’État est une nécessité, eu égard aux urgences de développement local qui exigent une gestion de proximité. Mais, Malheureusement la mise œuvre de ce projet a plus obéi à des intérêts politiques qu’administratifs. Les collectivités locales qui, devaient s’en sortir plus fortes, expérimentent subitement des difficultés, surtout économiques que leurs ressources ne peuvent surmonter. Une nouvelle situation qui requiert des territoires de nouvelles attitudes, l’innovation de nouvelles stratégies capables de les aider à trouver de nouvelles ressources nécessaires de substitution à la dotation de l’État. Nous nous proposons ainsi de réfléchir sur les conditions de mise en œuvre d’une politique d’Intelligence Territoriale qui aiderait les territoires à s’organiser autour de « compétences-clés » dans une perspective de compétitivité.

L’IE, un concept mal compris par les gouvernants

La notion d’Intelligence Territoriale (IT) peut encore sembler nouvelle pour bon nombre d’administrateurs. Au niveau national, la politique d’Intelligence Economique (IE) dont elle est la déclinaison locale est inexistante. Même si l’environnement technico-scientifique est propice du fait que, dans le pays, sont en train d’émerger des formations en Intelligence Economique et stratégique, les gouvernants se murent dans un désintérêt coupable. Une attitude incompatible à la mondialisation de l’économie et en parfait déphasage avec la tendance dans certains pays tel que le Maroc où l’Intelligence Economique, à côté de la diplomatie économique, est associée à la stratégie globale de développement du royaume.

Imposer à l’État, via les territoires, une politique nationale l’Intelligence Economique

Dans la perspective Pélissier, il est possible d’envisager une démarche inverse d’« imposition » de l’IE à toutes les sphères de la nation en ayant comme point de départ la diversité des territoires. Une « approche ascendante de l’Intelligence Economique » par opposition à celle descendante où « le territoire n’a pas de pertinence en soi. Il n’est que le réceptacle, un champ uniforme d’application, d’une politique nationale d’Intelligence Economique ». La mise en œuvre d’une telle stratégie est d’autant plus pertinente que le Sénégal s’est engagé dans un processus de décentralisation et de territorialisation des politiques publiques avec la mise en œuvre de l’acte 3 de la décentralisation. Les réformes qui vont dans le sens de faire des régions de véritables pôles de développement économique et social à travers, entre autres, une politique d’amélioration des capacités locales à capter les opportunités d’investissement, auront comme finalité la réduction de la dépendance des collectivités locales vis-à-vis de l’État. L’application brutale de ces réformes a considérablement asséché les finances locales. Ce qui a comme conséquence immédiate des tensions sociales parfois violentes dans certaines localités. En attendant de trouver un modèle économique viable capable de contenir les dépenses publiques et assurer le financement des investissements, certains maires ont été à la limite de la légalité allant même jusqu’à « racketter » des entreprises pour la survie de leurs communes. Ces instincts de survie doivent aussi les amener à explorer de nouvelles pistes de développement plus valorisantes pour les territoires.

Remettre en cause la notion de richesse d’un territoire

La mise en place d’un Système d’Intelligence Territoriale suppose une remise en cause d’un certain nombre de croyances. La richesse d’un territoire, en effet, ne doit plus seulement s’estimer à partir des ressources matérielles liées à l’espace physique (terre, main d’œuvre, capital). Les ressources construites (savoirs, compétences, organisation) constituent une nouvelle variable notable à considérer. Le contexte géoéconomique changeant à l’intérieur d’un même pays pousse les territoires à la concurrence et exige d’eux une organisation autour « compétences-clés » et à adopter la posture de « territoire apprenant ». Ceci consiste à se départir de certaines contingences en développant des capacités à réagir face à de nouveaux problèmes productifs. Ce qui inviterait les communes sénégalaises dans leur quête de richesses à mobiliser leurs ressources construites dans un dispositif d’Intelligence Territoriale valorisant les compétences et savoir-faire locaux. La démarche tiendra alors à un mixe de trois éléments essentiels : les compétences-clés des territoires, une intelligence informationnelle, une culture territoriale

Djibril Diakhate, Représentant du Centre Africain de Veille et d’Intelligence Économique(CAVIE) au Sénégal

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