L’AVENIR DES FINTECH : jusqu’à quel point menacent-elles les banques ?

[ Série d’été ] Les investissements dans les fintech ont été multipliés par 10 en cinq ans, à 19 milliards de dollars l’an dernier, à l’échelle mondiale, selon Citigroup. Une somme en réalité à peine supérieure au bénéfice net dégagé en 2015 par la seule Bank of America.

Les fintech et les banques, c’est un peu (beaucoup) David contre Goliath, sans vouloir offenser ces startups qui ambitionnent de révolutionner l’industrie financière en remettant le client au centre du jeu. Certes, les investissements dans les fintech ont été multipliés par 10 en cinq ans, passant de 1,8 milliard de dollars en 2010 à 19 milliards l’an dernier, à l’échelle mondiale, selon une récente étude de Citigroup. Mais tout est affaire de proportions : cette somme est en réalité à peine supérieure aux quelque 16 milliards de dollars de bénéfice net dégagés en 2015 par la seule Bank of America, la deuxième banque américaine en termes d’actifs. Reste que, dans la Bible, l’issue du combat entre David et le géant Goliath finit par tourner en faveur du jeune fils de berger…

Lourd impact probable de l' »ubérisation » de la banque traditionnelle

De fait, dans une étude publiée en mars dernier, les analystes de la banque Citigroup estimaient que l’essor des fintech pourrait contraindre les banques américaines à élaguer leurs effectifs de 30% en l’espace de dix ans, à 1,8 million de personnes en 2025 contre 2,6 millions en 2015.

Pis, les banques européennes seraient amenées à sacrifier 37% de leurs collaborateurs, dans le même intervalle. Des prédictions cohérentes avec celle formulée quelques mois plus tôt par Antony Jenkins, l’ancien patron de la banque britannique Barclays : selon lui, « l’uberisation » de l’industrie bancaire pourrait coûter à celle-ci jusqu’à 50% de ses effectifs, au cours des dix prochaines années. Rien que de très logique, la concurrence des fintech – et des Gafa (Google, Amazon, Facebook, Apple) – étant susceptible de grignoter d’ici une dizaine d’années de 20% à 60% des bénéfices de certains métiers bancaires, comme le crédit à la consommation, les prêts immobiliers, les services de paiement et la gestion de patrimoine, d’après une étude du cabinet McKinsey, publiée en septembre 2015.

« Non, les fintech ne vont pas faire sauter la banque! »

De là à imaginer que les banques vont purement et simplement passer à la trappe, supplantées par les fintech, reste un pas que Hugues Magron, associé chez Deloitte, se refuse à franchir :

« Non, les fintech ne vont pas faire sauter la banque! », a-t-il assuré lors d’une conférence de presse, le 6 juillet.

Pour cet expert, la notion de fintech relève en partie du« buzzword, très parisien de surcroît », alors que la réalité du terrain est bien différente, ces startups demeurant largement méconnues du grand public. En effet, sur la dizaine de services proposés par les fintech, le plus prisé des Français, à savoir l’agrégation de comptes bancaires, n’est utilisé que par 9% des 2.000 personnes interrogées par Deloitte.

« Les banques étaient là il y a 500 ans, elles seront toujours là demain mais elles se seront transformées », avait estimé de son côté Guillaume-Olivier Doré, entrepreneur et investisseur dans la technologie et la finance, lors d’une conférence de presse organisée en octobre dernier par la fintech Younited Credit (ex-Prêt d’Union). Une transformation indispensable à la survie des banques, d’après Anne-Laure Navéos, en charge des opérations de croissance externe et des partenariats chez Crédit Mutuel Arkéa, qui s’exprimait dans le cadre de cette même conférence : « Les établissements qui ne réinventent pas fondamentalement la manière de faire de la banque vont mourir. » Or, pour réussir cette mutation digitale, quoi de plus simple et de plus rapide, pour des banques, que de racheter des fintech ?

La véritable menace pour les banques : les Gafa

A l’automne dernier, dans le sillage du rachat de l’agrégateur de comptes Fiduceo par Boursorama, filiale de la Société générale, Crédit Mutuel Arkéa avait ainsi mis la main sur 86% du capital de Leetchi, spécialiste des cagnottes en ligne, pour une cinquantaine de millions d’euros. Une opération qui avait précédé de peu l’acquisition du Potcommun.fr par S-Money (groupe Banque Populaire Caisse d’Epargne). Plus largement, sur la vingtaine de milliards de dollars investis en 2015 dans des fintech, à l’échelle mondiale, 5 milliards ont été apportés par des banques, selon Accenture. Un montant encore faible, comparé aux 50 milliards à 70 milliards de dollars qu’elles dépensent en moyenne chaque année dans leurs infrastructures technologiques.

Mais ce n’est sans doute qu’un début, car une banque européenne sur cinq considère avant tout les fintech comme une cible d’acquisition, selon un sondage mené au printemps par le cabinet IDC. Il faut dire que, si les banques ont besoin de la créativité et de l’agilité des fintech pour réussir leur mutation digitale, les startups de la finance 2.0 sont de leur côté bien aises de pouvoir compter sur la surface financière et les agréments réglementaires des banques pour se développer. Des alliances d’autant plus indispensables que la véritable menace, pour la finance traditionnelle, réside sans doute bien davantage dans les Gafa que dans les fintech.

La Tribune

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