COMMENTAIRE Le prix de la transparence

Les prédécesseurs de Macky Sall à la tête de l’Etat en ont  rêvé. Ils n’ont pas eu cependant le privilège d’être aux affaires quand les découvertes de pétrole et de gaz ont  eu lieu. Abdou Diouf et son équipe ont fait face aux dures années des politiques d’ajustements structurels. Il est facile d’imaginer les stratégies que ses ministres en charge des finances et du budget   ont mis en place pour financer le budget de l’Etat dans les années 80 et 90. Face aux restrictions des institutions de Bretton Woods, il était difficile pour eux d’assurer correctement la dépense publique. Parce que les ressources n’étaient pas au rendez-vous. Abdoulaye Wade à lui tenter de se libérer des contraintes de ces bailleurs traditionnels en se tournant vers d’autres afin de  pouvoir combler son déficit budgétaire. Une stratégie qui lui vaudra une levée de bouclier des bailleurs traditionnels. Toutefois avait-il le choix ? Le Sénégal se devait de financer son développement. Le gouvernement devait construire des routes, des écoles, des universités etc., des infrastructures que les socialistes n’avaient pas pu faire en grande partie à cause des bailleurs. Il lui fallait pour cela beaucoup de ressources mais aussi beaucoup d’audace.  Les bailleurs traditionnels n’étaient pas prêts à lui accorder ces prêts et dons sans le respect de leurs conditionnalités comme cela a été toujours le cas d’ailleurs. Pour satisfaire ses ambitions de porter un budget qu’il avait trouvé à 500 milliards de FCFA à peine, à plus de 2500 milliards, il était obligé de contracter avec des partenaires considérés  comme non fréquentables. Ce choix n’a pas permis pour autant au président Abdoulaye Wade de faire face à des tensions terribles dans son budget, au cours de son magistère. La période 2006/2011, malgré les remarquables performances des services des impôts et des douanes a été très difficile sur le plan budgétaire. Il y a eu des dérives certes mais étaient-elles inévitables dans une telle période caractérisée par les crises énergétique, financière puis économique. La vérité c’est que le Sénégal devait dépasser cette situation d’assisté permanent dans laquelle voulait le maintenir ses partenaires traditionnels. Même la possibilité qui lui a été offerte de lever des milliards sur les marchés financiers internationaux pour financer son développement était un couteau à double tranchant. En réalité, elle ne faisait en fin de compte qu’alourdir sa dette et l’enfoncer davantage dans cette dépendance. C’est de cette situation dont a hérité Macky Sall. Sauf que, quelques années après son accession à la magistrature suprême, le Sénégal est devenu un pays pétrolier. C’est la baraka pour lui et pour le Sénégal ! Cela signifie en effet que ces tensions budgétaires qui poussent le gouvernement actuel à émettre, à intervalles réguliers, des bons et des obligations du trésor sur le marché financier, cette extrême agressivité des impôts, préoccupée par l’atteinte des objectifs qui leurs sont assignés, pourraient s’apaiser. Parce que les ressources tirées de l’exploitation du pétrole ont permis à d’autres  pays d’être aujourd’hui très prospères. Dans ces pays, on ne parle plus de stratégies de lutte contre la pauvreté. Il faut remarquer aussi  que le pétrole a amené la guerre, la désolation et le malheur dans d’autres pays. Deux extrêmes ! Pour éviter que la seconde situation n’arrive au Sénégal, et que la deuxième puisse s’installer ici, il est important que cette question du pétrole et du gaz soit gérée de la manière la plus transparente possible. C’est ce rôle d’alerte que certains hommes politiques et membres de la société civile sont en train de jouer. On ne doit pas leur refuser ce droit citoyen. Parce qu’il ne fait aucun doute que ces découvertes pétrolières sont en mesure de permettre au Sénégal de sortir de ce statut pas très flatteur d’éternel assisté. Le gouvernement doit le comprendre et créer les conditions de cette transparence, bénéfique pour tout le monde, au lieu de brandir la menace de traduire les impertinents qui se hasarderont à discuter de cette question du pétrole et du gaz devant la justice pénale.  Ce pétrole et ce gaz est la propriété du Sénégal et des Sénégalais.  Les ressources qui seront tirées de leur exploitation doivent servir à améliorer leurs conditions de vie.

 

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