Par Abdelmalek Alaoui :L’Afrique entre serpents de mer et éléphants blancs

Encore une fois, la fin de semaine africaine aura livré son lot de lapalissades et de clichés éculés, magnifiés par des médias internationaux décidemment moutonniers. Entre le G20 qui appelle à « encourager les investissements privés en Afrique » – sans expliquer comment- la résurgence de la famine, le retour de Boko Haram et des pirates somaliens, l’observateur a le sentiment que l’histoire bégaie…

Tel le personnage de Bill Murray dans le film « Un jour sans fin », l’Afrique contemporaine fait face à un flot continu de sujets qui n’en finissent pas de revenir sur le devant de la scène. Le plus surprenant dans cette affaire est la capacité d’étonnement toujours renouvelée de la communauté internationale, des gouvernants et des milieux économiques face à ces « serpents de mer » persistants.

Prenons la recommandation phare du G20 émise ce Week-End à Baden-Baden en Allemagne. Exprimée dans un jargon consensualiste mâtiné des intérêts contradictoires des 20 nations qui le composent, le gotha des pays les plus riches de la planète a cru bon d’ « afficher sa volonté de stimuler le développement économique de l’Afrique, en y attirant plus d’investissements ».

Faute d’objectifs, le plan du G20 a un nom : Compact For Africa

Et ce programme, faute d’avoir une consistance ou des objectifs chiffrés, a déjà un nom : « Compact for Africa ». Aussi tortueux qu’incompréhensible, il ne comprend aucun engagement clair, se bornant tout juste à affirmer un « soutien politique » et une implication accrue du FMI et de la Banque Mondiale aux programmes d’infrastructures.
Or, cela est déjà le cas et depuis longtemps. Quiconque s’est intéressé à la littérature des institutions de Bretton Woods du début des années 70, 80, 90, ou 2000 y retrouvera exactement le même champ sémantique, et verra qu’il y a déjà quarante ans, il y avait une « volonté » de stimuler l’investissement privé en Afrique et d’intensifier son développement économique. Rien de nouveau sous le soleil donc, si ce n’est une déclaration qui donnera certainement bonne conscience aux participants de ce conclave mondialisé.
Quelques heures plus tard, n’ayant probablement pas entendu ce « message fort » du G20, trois kamikazes de Boko Haram faisaient exploser leurs ceintures d’explosifs au nord-est du Nigéria, tuant trois personnes et en blessant huit autres.
Gageons que cet attentat n’est pas totalement de nature à « stimuler l’investissement privé », et qu’il faudrait peut-être d’abord s’assurer de pouvoir garantir la sécurité – physique et alimentaire- et la stabilité en Afrique, prérequis indispensables pour le développement économique, avant de s’intéresser à la stimulation de l’investissement privé. La question qui se pose est donc la suivante : pourquoi ne pas tout mettre en œuvre pour éradiquer Boko Haram ?

Alors qu’il devient plus qu’évident que le Nigéria et le Cameroun ne sont pas en position d’allouer suffisamment de ressources militaires, le temps n’est il pas venu de lutter de manière collective et coordonnée contre cette barbarie ?
Dans un autre registre, le Canada a choisi d’allouer ce vendredi 120 millions d’euros d’aide pour lutter contre le début de famine au Soudan du Sud et en Somalie. Cette somme vient s’ajouter aux 458 millions d’euros promis par 14 pays en Février dernier.

Un soulagement et une honte

Pour beaucoup d’entre nous, c’est à la fois un soulagement et une honte. Près de trente années plus tard, de nombreux africains ont le sentiment de revivre à nouveau « USA for Africa ». Si le mouvement mondial d’aide à l’Afrique du milieu des années 80 a eu une utilité forte en termes de prise de conscience globale, il n’était cependant pas appelé à devenir récurrent, encore moins à renaître en 2017.

De ce fait, la priorité aurait du être mise sur la sécurité alimentaire du continent, là où beaucoup d’Etats ont favorisé les « éléphants blancs », ces dépenses de prestige qui empêchent de permettre la libération des énergies du continent. Dans le cas des ONG et des organisations internationales , l’on aurait du favoriser la montée en puissance d’une agriculture de subsistance qui aurait permis d’éviter les famines, au lieu de se focaliser trop souvent sur la distribution de denrées alimentaires qui ne permet que de gérer le conjoncturel.

Bloquée entre ses « serpents de mer » et ses « éléphants blancs », l’Afrique se doit de trouver des réponses adaptées à ses problèmes structurels, au premier plan desquels se trouvent la stabilité, la bonne gouvernance, et la sécurité alimentaire.
Tout appel à un stimulus économique sera vain tant que ce triple défi ne sera pas adressé.
( Source :afrique.latribune.fr)

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