Agriculture : la productivité africaine suspendue à la R&D et aux infrastructures

Les chiffres ne mentent pas. La productivité agricole africaine décolle, mais à un rythme qui ne permettra pas de nourrir toutes les bouches du continent dans un futur moyen. Pour doper cette productivité, une énième étude vient reconfirmer que seuls les investissements en recherches et développement et en infrastructures pourront assurer la sécurité alimentaire…

Si l’agriculture africaine continue d’améliorer sa productivité grâce une plus grande utilisation de terres et de main d’œuvre, son potentiel reste tout de même loin d’être atteint. Selon l’étude que vient de publier le Think Tank marocain, OCP Policy Center, intitulé « Relance de la productivité agricole en Afrique : l’espoir d’une sécurité alimentaire », les Etats ont besoin d’améliorer les niveaux d’investissements dans la recherche et le développement (R&D) agricole, sans quoi la sécurité alimentaire d’un nombre d’eux reste hors porté.

Selon l’analyse du Think Tank, la productivité agricole africaine a été peu portée par l’intensification du capital et par des améliorations technologiques. La lenteur de la croissance de la création de valeur agricole est surtout expliquée par un faible niveau d’irrigation, d’utilisation de semences et plants améliorés, d’engrais, de races améliorées, etc. Dans certains cas, il est même question d’inadaptation des intrants disponibles et accessibles sur les marchés nationaux surtout en qui concerne les fertilisants.

La R&D, l’arme oubliée

En même temps, les niveaux d’investissements publics et privés dans la recherche et développement agricoles, dans les infrastructures, dans l’éducation en particulier en milieu rural sont demeurés faibles. Autrement dit, la mise en place des conditions pouvant stimuler les améliorations technologiques est globalement faible.

Selon les chiffres rapportés par l’étude, sur les 48 pays africains dont les données sur l’investissement sont disponibles, seulement 3 (le Malawi, le Mozambique et le Libéria) ont dépassé en 2014 le seuil de 10 % de dépenses publiques alloués à l’agriculture.

De même, ces trois pays sont dans une tendance à l’augmentation de leurs dépenses publiques dans l’agriculture. Les 45 pays restants présentent une part des dépenses dans l’agriculture inférieure à 10 %. Dans 22 d’entre eux, les dépenses publiques dans l’agriculture sont dans une tendance baissière.

L’examen des dépenses en recherches et développement des pays africains est pareillement inquiétant. Selon l’étude, les dépenses dans la recherche agricole constituent moins de 5 % du produit intérieur brut des 43 pays africains dont les données sont disponibles. Pire, seuls 6 parmi les 43 pays affichent une part qui dépasse la barre de 1%.

Parallèlement, la R&D n’est pas uniquement un moyen pour améliorer la rentabilité. Mais elle permet également de lutter et s’adapter au changement climatique dont les répercutions pèsent de plus en plus sur le continent. La R&D agricole a le défi de générer des technologies à la fois hautement productives (rendements), mais permettant également de préserver la qualité du capital naturel de production (fertilité des sols, disponibilité et qualité des ressources en eau, etc.).

Ainsi, la conclusion à retenir de ces faits est simple à déduire. Il faut investir dans la recherche et développement pour améliorer ce secteur stratégique. Mais il faut investir intelligemment. Ces dépenses ne doivent pas se limiter au développement de nouvelles variétés de semences et plants.

Elles doivent s’étendre à l’ensemble des itinéraires techniques et leur adaptation aux conditions locales. Si le transfert technologique s’avère important, il serait judicieux de capitaliser sur le savoir-faire et les technologies locales.
D’un autre côté, il faudra être sûr que ces développements soient intégrés, assimilés et accessibles par les exploitants et les travailleurs agricoles. Ainsi, ces transferts de technologies doivent s’accompagner d’un effort de vulgarisation agricole, d’éducation en milieu rural, ainsi que l’amélioration des conditions d’accès aux marchés.

Infrastructures, autre moteur de croissance

D’ailleurs, les dépenses en R&D ne sont pas les seules à pouvoir donner un coup de pouce à la productivité. Les investissements en infrastructures ne permettent pas uniquement une réduction des coûts de production, mais permettent aussi les transferts de technologies et l’accès aux marchés. Or, aujourd’hui, une bonne partie du prix élevé des engrais en Afrique est constitué des coûts de transport.

« Pour le petit agriculteur, l’amélioration de la qualité des infrastructures aura donc un effet bénéfique car une réduction des dépenses d’approvisionnement en inputs est une incitation à plus produire », explique les auteurs de l’étude, docteur Mohammed Rachid Doukkali et Tharcisse Guèdègbé, deux professeurs à l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II de Rabat, la capitale marocaine.

Ainsi des investissements en infrastructures pourront profiter également aux nombreux états africains qui mènent des politiques de subventions, qui reviennent inutilement cher à leur budget.

« Ainsi, la révolution « doublement verte » de l’agriculture en Afrique doit être intégrée dans un ensemble consolidé de réformes politiques, économiques, commerciales et fiscales, accompagnées d’investissement dans la R&D, le développement de l’irrigation, les améliorations foncières, l’utilisation rationnelle des intrants, la vulgarisation et l’adoption des technologies », conclut l’étude.
(Source : http://afrique.latribune.fr)

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