Alexandre Medvedowsky : « Malgré les risques, les investissements en Afrique sont des opportunités formidables »

On le présente comme le Continent de l’avenir, celui qui va permettre de jouir d’excellentes opportunités de croissance. Et pourtant, investir en Afrique fait peur. Alexandre Medvedowsky, président d’ESL&Network, tort le cou aux idées reçues sur les investissements. Pour La Tribune Afrique, Alexandre Medvedowsky s’appuie sur une expérience de son cabinet de stratégie et d’intelligence économique, vieille de 15 ans de présence sur le Continent, pour expliquer qu’avec des risques maîtrisés, investir en Afrique devient une opportunité formidable.

La Tribune Afrique : Dès qu’il s’agit d’investissement en Afrique, on soulève la question des risques. Est-ce que ces risques ne sont finalement pas surestimés ?

Alexandre Medvedowsky : Les risques ne sont effectivement pas plus importants en Afrique que dans le reste du monde. Cela veut dire qu’il est aussi délicat d’investir en Amérique latine qu’en Europe, en Asie. Ce qu’il faut aux entreprises, aux investisseurs, c’est avoir une très bonne connaissance, une maîtrise des risques pour arriver à se séparer de leur perception, les regarder, s’y préparer, les anticiper éventuellement ou même les éliminer si possible.

Sur la base de votre expérience, quels sont les risques qui font peur aux investisseurs lorsqu’ils décident de se lancer en Afrique ?

Il y a d’abord ces risques connus de tous. Il faut mettre dans cette catégorie, les risques sécuritaires ou politiques. Face à ceux-ci, il appartient aux entrepreneurs de les évaluer selon leur perception en faisant la part des choses, pour prendre la décision d’investir ou pas.

Encore que cette typologie de risques n’empêche pas d’avoir des investissements au Nigéria, en Angola, en Egypte qui, avec le Ghana et l’Ethiopie, concentrent plus de la moitié des 60 milliards de dollars d’investissements en Afrique. Pourtant, certains de ces pays sur le plan politique, sécuritaire, font parfois l’objet de campagne de déstabilisation ou font face à des attentats ou risques d’attentats terroristes.

Il y a aussi les risques liés au business. Les investisseurs en Afrique on besoin de savoir leur lieu d’implantation, l’endroit où installer leurs bureaux, les partenaires avec lesquels ils vont travailler, les ressources humaines sur lesquelles s’appuyer. Tout cela nécessite des précautions mais aussi ce qu’on appelle des « études de compliance », des études de « due diligence ». Si jamais ces études ne sont pas menées cela peut mettre en danger toute la stratégie d’investissement par des mauvaises décisions, mal préparées.

En mon sens, il faut essayer de faire en sorte que les entreprises puissent être accompagnées dans leur relation avec les pouvoirs publics et les régulateurs pour justement se prémunir des risques d’instabilité, de changements de règles, de changements dans la législation notamment sur la fiscalité auxquels elles doivent être préparées. Ce que nous nous permettons de conseiller aux entreprises africaines, asiatiques, américaines, européennes c’est de se faire accompagner pour préparer au mieux leur arrivée dans un pays d’Afrique.

Certains de ces risques que vous nous listez ici se sont avérés être des avantages pour les pays africains…
Exactement. L’Afrique est un Continent de grandes opportunités, avec une croissance démographique forte au sein de la population mondiale ce qui représente des marchés potentiels énormes, des villes qui poussent et des ressources naturelles qui sont considérables. On voit bien que les opportunités sont grandes.

Même si les stratégies d’investissements doivent affronter des risques, des incertitudes politiques, financières, fiscales ou dans le choix des partenaires, ils représentent des opportunités formidables donc des chances de réussir ces investissements et toucher le « jackpot » comme on dit dans le business.
Pour les investisseurs, des investissements réfléchis et contrôlés où la notion de risque est bien prise en compte en amont, peuvent déboucher sur des opportunités de croissance formidables, des chances de gain pour ceux qui se donnent les moyens de saisir ces opportunités.

Si vous deviez établir le portrait de l’investisseur type en Afrique, quel serait-il ?

Il y a une variété de profils. L’investisseur en Afrique, ce n’est pas seulement l’homme en costard-cravate qui débarque de Londres ou de Washington, ne serait-ce qu’en raison du poids des investissements chinois qui est considérable- plus de la moitié des investissements étrangers sur le Continent. Pour le reste, il y a des investisseurs que l’on ne voyait pas avant et qui se manifestent fortement. Il faut notamment prendre en compte les investisseurs des pays du Golfe notamment des Emirats Arabes Unis.

Il faudra aussi composer avec les investisseurs en provenance de l’Afrique sur le Continent. Le Maroc le montre de plus en plus avec le déploiement d’une vraie stratégie nationale mais pas seulement. Il y a de plus en plus des investissements d’entreprises africaines en Afrique. Je pense notamment au Sud-Africain MTN dans les télécoms, au groupe Cevital de l’Algérien Issad Rebrab dans le secteur agricole… Il faut y ajouter tous ces entrepreneurs qui prennent d’assaut l’hôtellerie, l’agroalimentaire, la technologie… Ce qui contribue à ce que les investissements africains en Afrique se développent.

Et puis, il y a les investisseurs en provenance de pays qui ont une tradition d’investissement en Afrique eu égard à leur histoire, la culture avec le Continent. Dans cette catégorie, il y a les Français, les Italiens, les Indiens et même des Brésiliens et plusieurs Sud-Américains. On assiste donc à une internationalisation des investissements en Afrique qui est très profitable au continent africain et très prometteuse pour son avenir.
(Source : http://afrique.latribune.fr)

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