« Nous ouvrons notre tour de table à des institutions internationales de premier plan »

Wari a signé un partenariat stratégique avec TerraPay, quelques semaines seulement après l’annonce d’autre partenariat avec WorldRemit. Kabirou Mbodje, PDG de Wari, revient avec La Tribune Afrique sur les plans futurs de son groupe et comment il compte s’internationaliser en dehors des frontières africaines.

La Tribune Afrique : Vous venez d’annoncer un partenariat avec TerraPay, de quoi s’agit-il ?

Kabirou Mbodje : En effet, nous venons de signer un partenariat stratégique avec TerraPay qui est le premier switch de paiement mobile. TerraPay permet de faciliter les transactions entre les comptes mobiles et les comptes bancaires classiques. Cette alliance nous permet d’offrir un accès au marché indien à nos clients et donne aux clients TerraPay la possibilité d’échanger des devises avec les commerçants et entrepreneurs africains. Ce partenariat permet de renforcer l’écosystème du transfert d’argent dans 35 pays africains, mais surtout de construire un pont numérique entre l’Inde et le continent africain.

Wari et WorldRemit ont également signé un partenariat stratégique. Rapprochez-nous de la genèse de ce projet de partenariat et du bénéfice espéré par Wari ?

Ce partenariat fait écho aux autres partenariats que nous avons conclus avec plusieurs acteurs dans différents domaines, dont celui du transfert d’argent. Nous voulons créer une vraie convergence entre tous les canaux mondiaux de transferts d’argent. Nous restons toujours sur le principe de la standardisation du modèle Wari, une plateforme neutre sur laquelle tous les acteurs peuvent évoluer et créer l’offre ou la demande. C’est pour répondre à cet objectif que nous avons réalisé ce partenariat. L’avantage de WorldRemit est qu’il se positionne sur un canal différent des autres : le digital. Il offre par ailleurs une couverture sur 50 pays, ce qui cadre parfaitement avec l’orientation qu’on veut donner à la plateforme Wari. C’est un plus pour nous et pour l’ensemble de notre écosystème.

Qu’apporte ce partenariat, concrètement, à vos clients dans leur quotidien ?

Avec les services digitaux dans le domaine du transfert d’argent, on a l’avantage de transférer des sommes à nos familles, peu importe l’endroit où nous sommes. Cela dit, il y a un petit bémol en ce sens que ces services ne comprennent pas toujours des points de sortie. En Afrique, la majorité pour ne pas dire la totalité des bénéficiaires reste attachée au cash. Ce qui conduit à une distorsion de l’offre. Avec Wari ce problème est résolu grâce à nos points de service qui permettent aux utilisateurs de transférer l’argent par mobile ou via le site et de le récupérer à n’importe quel endroit. C’est cela la force de ce partenariat avec WorldRemit : le digital qui rencontre le réseau physique.

Quel bilan faites-vous de l’année 2017 ?

Wari réalise 1 million de transactions chaque jour, soit plus de 6 milliards de dollars de flux annuels avec nos 500 000 points de vente directs et partenaires, nous permettons à 212 millions d’utilisateurs d’effectuer des transactions du quotidien, c’est notre fierté. Nous avons entrepris tellement de chantiers cette année et enclenché tant d’autres pour l’année prochaine. Nous sommes assez satisfaits de ce que nous avons accompli en Afrique, mais aussi en Europe et aux USA. Notre stratégie de développement à l’international est enclenchée. Nous sommes optimistes pour 2018.

Vous avez parlé de l’international. Quels sont vos projets au-delà des frontières continentales ?

La volonté de Wari, depuis sa création, est d’être un acteur global. Nous avons commencé par le développement dans la région à partir du Sénégal pour nous étendre en Afrique de l’Ouest, puis en Afrique centrale. La deuxième partie de notre stratégie est de nous internationaliser notamment aux USA. Les autorités américaines ont vu en Wari, le partenaire digital idéal qui correspond à l’idée que le pays se fait de l’économie digitale mondiale.

Il y a eu énormément d’échanges sur notre vision et stratégie pour l’économie digitale mondiale surtout en Afrique.
Le département américain a donc pris la décision d’accompagner Wari dans son développement. Le président de la chambre de commerce américaine nous a honorés en nous cooptant au sein du Conseil d’Administration de la chambre. On veut profiter de cette dynamique pour avoir une notoriété globale pour la marque Wari.

D’ailleurs, nous avons créé Wari USA qui s’occupe de la partie développement externe. Par ailleurs, nous avons connecté Wari avec plusieurs plateformes internationales pour donner la possibilité aux entrepreneurs et commerçants africains de faire des affaires directement avec la Chine. C’est une avancée énorme que de faciliter l’échange et l’accès au marché africain aux Chinois. N’oublions pas que 110 % du commerce de l’Afrique est adressé à l’Asie particulièrement la Chine.

Wari aspire à devenir un acteur global, ce changement de taille exige plus de moyens financiers et humains. Est-ce facile de mobiliser ces moyens sur le continent ?

Jusqu’à présent, Wari a réinvesti l’intégralité de ses revenus dans son développement. Nous arrivons, à présent, à une taille où il nous faut de nouveaux investisseurs en capital. Dès l’instant où vous avez un projet bien ficelé, solide et bancable, il existe des investisseurs potentiels prêts à vous offrir les moyens pour vous déployer. Nous sommes en train justement d’ouvrir notre tour de table à des institutions internationales de premier plan. Ce n’est pas juste pour des besoins de financement que nous avons décidés d’ouvrir le capital de Wari, mais aussi pour institutionnaliser l’entreprise et la positionner sur les meilleurs standards en matière de gouvernance. Nous comptons également introduire Wari en bourse.

Quelle évaluation faites-vous de la digitalisation du continent ?

Le numérique contribue déjà à 7 % du PIB africain. Ce qui est intéressant, c’est qu’en Afrique les populations ne se posent pas de question par rapport à la digitalisation. Il n’y a pas d’héritage de système ancien pour qu’il y ait un changement à opérer. Les Africains adoptent et utilisent les moyens et services digitaux de façon intuitive. C’est pour ça que l’Afrique est le véritable laboratoire de l’économie digitale de demain. Il suffit de voir les chiffres, selon la Banque africaine de Développement (BAD), en 2000 les abonnements de téléphonie mobile atteignaient 15 millions, aujourd’hui ils ont dépassé 850 millions. Les consommateurs africains sont hyper connectés et accèdent à la majorité de leurs services via leurs téléphones portables.

Pour être le laboratoire de l’économie digitale de demain, cela suppose avoir la capacité d’innover. Est-ce que la réglementation suit ou freine cette innovation ? A-t-on les compétences pour porter cette innovation ?
Effectivement, l’innovation devance toujours la réglementation. En Afrique de l’Est, il existe une effervescence et une dynamique importante de l’économie digitale, car il y a une prédominance de la culture anglo-saxonne.

En Afrique de l’Ouest, qui suit le modèle francophone, c’est un peu plus compliqué, car la puissance publique prend le dessus. Il va falloir que les gouvernants et les régulateurs comprennent qu’il est nécessaire d’accompagner cette dématérialisation de l’économie. Dans certains cas, réguler équivaut à bloquer l’innovation. C’est cette mentalité qu’il faut faire évoluer, car l’économie de demain est digitale, et c’est une réelle opportunité qui va permettre à chacun d’utiliser ses talents, quels qu’ils soient.
(Source : http://afrique.latribune.fr)

Articles similaires

Poster un Commentaire

Soyez le premier à commenter !

Me notifier des
avatar
wpDiscuz
Scroll Up