Comment les géants miniers « soignent » leur talon d’Achille, les infrastructures

Le secteur minier accueille depuis la chute des cours de 2014, des acteurs d’un nouveau genre. Nullement intéressés par les mines en elles-mêmes, ces « petits-nouveaux » visent essentiellement le volet infrastructures des sites d’exploitation qui étaient traditionnellement la propriété des compagnies minières. Ces dernières redoutant l’endettement occasionné par les coûts inhérents à ce genre d’infrastructures accueillent volontiers ces nouveaux arrivés.

Les compagnies minières actives en Afrique hésitent de plus en plus à supporter entièrement les coûts nécessaires à la mise en place et à l’entretien de l’infrastructure nécessaire à la bonne tenue de leurs activités. Un changement de donne qui a attiré l’attention de nouveaux acteurs qui ont décidé d’investir ce terrain.

Pour l’heure, l’on retrouve dans ce créneau des montages financiers mêlant institutions de développement africaine et fonds d’investissements. L’Africa Finance Corporation (AFC), basée au Nigeria fait partie de ses acteurs qui s’étendent via le financement par endettement ou par capitaux propres des projets de ressources naturelle du pétrole aux mines, en distinguant les infrastructures qui entourent les exploitations, notamment les sources d’énergies, les routes ou encore les chemins de fer de celles qui concernent directement les mines ou les champs d’hydrocarbures.

Effet disruptif

Bien que certains opérateurs miniers préfèrent toujours contrôler ces installations, notamment les exploitant de produits en vrac comme le minerai de fer, d’autres se sont vu obligés de céder ce genre d’actifs ou opter pour la mutualisation des coûts via la cooptation de nouveaux partenaires, de manière à limiter les besoins croissants de capitaux. Pour les fonds d’investissement et les banquiers, ce segment représente la possibilité de rendements prévisibles vu que les fournisseurs d’infrastructures ont pour habitude de facturer les frais d’utilisation dans le cadre de contrats à long terme.

Une stabilité qui contraste avec la situation de la production minière où les fluctuations et incertitudes des cours, notamment le cycle de prix des matières premières augmentent les risques pour les investisseurs. Pour des structures comme l’AFC, dont le tour de table est constitué de la Banques centrales, fonds souverains ou caisses de retraites africaines, du Nigeria, du Gabon, de Côte d’Ivoire, du Kenya, de la Zambie…, ce segment représente une voie alternative pour générer des liquidités pour leurs Etats respectifs ou encore pour soutenir le développement économique et la création d’emplois.

L’apparition de ces nouveaux acteurs a eu un effet disruptif sur le secteur minier où traditionnellement les opérateurs construisent leurs propres axes de transports, leurs propres centrales électriques voire leurs propres infrastructures portuaires pour assurer un approvisionnement continue de leurs mines et de leurs fonderies. Pour les compagnies minières, la pleine propriété des infrastructures visait à protéger leurs actifs des interruptions coûteuses des opérations et d’assurer un certain contrôle des coûts.

Même les plus grands y ont recours

La construction en propre d’un réseau de chemin de fer reliant une mine à la côte offre ainsi à l’entreprise propriétaire un usage exclusif, sans devoir négocier l’accès à la voie où prévoir les risques de blocage ou de retard causés par d’autres utilisateurs de la voie ferrée. Un mode de fonctionnement dont la solvabilité a été mis en doute après l’effondrement des cours des matières premières entre 2014 et 2015.

Cette baisse des prix du marché a poussé des opérateurs aux prises avec de lourdes dettes à se séparer de ce genre d’actifs. Bien que les prix se soient stabilisés, une grande partie de l’industrie ne semble pas prête à reconduire les investissements en infrastructures synonyme d’endettement. Cette tendance touche même des mastodontes comme le Suisse Glencore qui a opté pour le modèle de joint-venture pour limiter les hausses exponentielles des coûts de construction et de maintenance des infrastructures.

Cette option permet à l’opérateur minier de mutualiser les dépenses tout en maintenant son influence sur le mode de gestion et de construction, certains réussissent même à conserver sur papier la pleine propriété de ces ouvrages. Ce changement de paradigme a permis à l’African Finance Corporation d’investir début 2017, quelques 205 millions de dollars dans la mine de bauxite de Bel Air en Guinée. Ce site devrait être exploité par le groupe britannique Alufer Mining et compte également sur un investissement de 85 millions de dollars de l’entreprise américaine Orion Mine Finance.

Prudence de mise pour les nouveaux entrants

Cette situation est loin de signifier un emballement de ces nouveaux acteurs en termes d’investissements, le management de l’AFC a d’ailleurs déclaré à plusieurs reprises « se déplacer avec prudence, avec pour but d’éprouver le concept avec des investissements relativement faibles ». C’est dans cette optique que le groupe a plafonné à 200 millions de dollars, les investissements qu’il compte mener dans les 3 à 4 années à venir.

La participation de l’AFC au rachat de la route à péage de Bakwene en Afrique du Sud à hauteur de 20 millions fait ainsi partie de cette stratégie.
L’AFC s’est adossé à l’entreprise de capital-investissement African Infrastructure Investment Managers dans cette opération valorisée à 160 millions de dollars. Opérationnelle depuis 2004, cette route est destinée à stimuler l’agriculture, l’industrie, le tourisme ou encore l’exploitation minière. Ces changements dans l’industrie minière ne se limitent pas au continent africain, preuve en est, la décision prise par Glencore en 2016 de céder sa flotte de trains de charbons en Australie, pour 800 millions de dollars.
(Source : https://afrique.latribune.fr)

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